Quelqu'un a vu mon diadème ?

J'ai dû le perdre en passant l'aspirateur hier matin. Déjà que je m'étais cassé un ongle en essayant de défaire un nœud dans un lacet d'espadrille mouillé, brûlé la frange en retirant le rôti du four pendant que j'essayais simultanément de flamber la sauce d'accompagnement… En plus de la cicatrice qui est apparue sur mon bras au moment où la corde à linge a flanché sous le poids des cinq paires de jeans que je venais de laver et de la légère claudication dont je suis affublée depuis ma chute dans l'escalier du sous-sol alors que j'enjambais un lot de bottes d'hiver la semaine dernière pour aller chercher des jus pour les lunches du lendemain. Disons que je n'aurai pas vraiment fière allure pour les retrouvailles avec mes amies du secondaire. Avec un peu de chance, elles auront aussi perdu leur diadème…



mardi 10 février 2009

Ténébreuse affaire


Toute cette ténébreuse affaire commença par un coup de téléphone de Londres. Enfin ténébreuse, c'est un peu fort. Disons d'abord que c'était un mauvais numéro. Vous conviendrez avec moi que de se retrouver en ligne avec Londres quand on vient tout juste de s'endormir, c'est plus fâcheux que ténébreux. Enfin, pour un roman, je trouve que ténébreux, c'est mieux. Pas que ça fasse plus romanesque; disons plutôt que c'est un mot qui fait nouveau pour écrire dans une nouvelle.

Donc, je récapitule. Un appel de Londres. Mais qui donc appelle à cette heure ? Non, je n'ai rien acheté, rien commandé, ni par Internet, ni de vive voix, ni par écrit. Alors question de confirmer une commande, je suis mal barrée. Et oui, je parle anglais, mais pas à cette heure, pas plus que je ne le comprends avec ce vieil anglais « Jane Austen », surtout pas encore à moitié endormie. À l'autre bout du fil, on s'impatiente. Décidément, ça n'est plus rien que fâcheux, ça devient ténébreux.

Le ton monte d'un cran. Lors de votre dernier séjour à Londres, Madame, vous avez demandé qu'on vous livre…

Mais, « crikey ! », je ne suis jamais allée à Londres, ni lors de mon dernier séjour, ni jamais. Qu'est-ce qu'il raconte, le British ? Je lui demande à qui j'ai l'honneur de m'adresser. Mister Darcy, qu'il me répond. J'échappe le bas de ma mâchoire… Comme je tente de lui expliquer dans un anglais encore endormi, une troisième voix s'interpose sur la ligne. Je crie plus fort, mais rien à faire, ils s'obstinent et ne font qu'embrouiller la ténébreuse affaire davantage.

Soudain, on frappe à la porte. Le sans fil toujours à la main, je vais ouvrir sans même me méfier. Au point où j'en suis ? Deux hommes entrent, affublés de ces imperméables couleur mastic que décrit si bien Lorrie Moore. L'un me prend le téléphone des mains. Il n'a pas l'air commode. Il lance trois mots au British à Londres, me laissant supposer qu'il est au courant de cette histoire de commande ténébreuse. Non, c'est l'affaire qui est ténébreuse, pas la commande. La commande, elle est frauduleuse, je dirais plus. L'autre, pas plus avenant, sort une espèce de veste blanche à longs cordons. Joli morceau, que je me dis, l'esprit de plus en plus embrouillé. Je bouge à peine pendant qu'ils me l'enfilent. Finalement, en y regardant de près, ils ne sont pas couleur mastic, leurs imperméables, ils sont blancs plutôt… immaculés.

Et ils ferment la porte en sortant. J'étais emmaillotée au beau milieu du salon, incapable de faire un seul geste, même pas pour éteindre la sonnerie du réveil qui me cassait joliment les oreilles…

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