Quelqu'un a vu mon diadème ?

J'ai dû le perdre en passant l'aspirateur hier matin. Déjà que je m'étais cassé un ongle en essayant de défaire un nœud dans un lacet d'espadrille mouillé, brûlé la frange en retirant le rôti du four pendant que j'essayais simultanément de flamber la sauce d'accompagnement… En plus de la cicatrice qui est apparue sur mon bras au moment où la corde à linge a flanché sous le poids des cinq paires de jeans que je venais de laver et de la légère claudication dont je suis affublée depuis ma chute dans l'escalier du sous-sol alors que j'enjambais un lot de bottes d'hiver la semaine dernière pour aller chercher des jus pour les lunches du lendemain. Disons que je n'aurai pas vraiment fière allure pour les retrouvailles avec mes amies du secondaire. Avec un peu de chance, elles auront aussi perdu leur diadème…



vendredi 13 février 2009

Tenue de bal


La robe est là, sur le cintre, le corset repose à côté, à l'envers. Déjà vingt minutes que j'observe le tout sans me décider à l'enfiler. J'ai renvoyé tout le monde en bas, l'habilleuse et les filles, leurs jacasseries m'épuisaient. Sûrement pas autant que le fera le simple geste d'enfiler cet attirail. Dix autres minutes d'attente à souffler un peu, à me préparer mentalement. Retenir son souffle toute la journée, voilà qui ne doit pas être chose facile. Juste d'y penser, mon estomac se noue, je sue à grosses gouttes et mes idées s'embrouillent.

Bon, assez tergiversé, je me lance. D'abord les bas. On les dit de soie, mais ils sont tellement raides et rugueux, tout à fait inconfortables, je peux déjà le prévoir. Quelle misère! Il y a deux jours, j'ai vu, dans une boutique, des bas qui me semblaient tellement mieux convenir. Blancs, juste au-dessus du genou. Sous l'amoncellement de jupes et de jupons, personne n'aurait pu voir les deux lignes rouges qui ornaient le haut du bas, ni l'empeigne qu'ils portaient fièrement. ADIDAS. Devant mon regard tenté, Madame De Pompadair a pris son air le plus pompeux. Je n'ai pas insisté.

Bon voilà, les bas sont en place. Le corset maintenant. On inspire et on expire pour la dernière fois aujourd'hui. J'enfile l'armature avec des gestes lents qui donnent tout le temps à mes poumons de descendre dans ma cage thoracique, entraînant au passage le cœur, l'estomac et la rate, pour aller s'asseoir sur la vessie sous laquelle sont déjà installés la cellulite et les vergetures, renvoyés par le bas seyant. Le corset a aussi pour effet de remonter mes seins jusqu'à ma gorge, compressant ma thyroïde à la limite du supportable. Quelle grâce !

Le couturier m'avait parlé d'une gaine dix-huit heures qui laisserait tous mes organes vitaux à leur place et me permettrait de respirer librement. Finalement, il semble que seul le mot dix-huit heures soit de mise. Je l'ai depuis deux minutes et j'ai l'impression que ça fait dix-huit heures. Ma gaine me fait mourir!

Enfin, j'attache les lacets aussi serrés que je peux, étant seule, et pour aujourd'hui, cela suffira. Passons aux jupons qui vont m'élargir le postérieur à un point tel que ma taille n'en paraîtra que plus fine. Le fait d'en porter cinq me permet de cacher un élément de ma personnalité qui plus encore que le corset, couperait le souffle à Madame de Pompadair… En fait, je suis retournée à la petite boutique et j'ai acheté les superbes chaussures blanches en matériau synthétique qui s'agençaient parfaitement avec le bas Adidas. Elles remplaceront confortablement les énormes chaussures noires que l'on porte habituellement et qui sont si étroites que même le fait de changer d'idée quand on les porte demande un effort surhumain.

Enfin, la robe. Il faut au moins une heure de travail, d'abord pour l'enfiler par-dessus la tête et trouver l'encolure au premier essai. Puis descendre jupons, plis, manches, froufrous. Pincer boutons, lier lacets. Accrocher agrafes. Repasser mauvais plis et retrousser manches.
Voilà la tâche fastidieuse terminée! Expirant bruyamment, je regarde autour de moi pour m'apercevoir avec horreur qu'il me reste un jupon ! Devrai-je donc tout enlever et recommencer? Et si je le brûlais?

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